A la seconde près ?

Qu’allez-vous faire de la précieuse seconde supplémentaire que nous offre aujourd’hui, le mardi 30 juin 2015, le temps universel coordonné ? Elle s’appelle la seconde intercalaire. A 24 :59 :59 nous ne passerons pas au jour suivant mais bien à 24 :59 :60. On courrait après le temps et les scientifiques nous en offrent. Un peu sur le principe de l’année bissextile, il nous faut cette seconde en plus pour rester en phase avec la rotation de la Terre.

A l’ère de l’immédiateté et de l’impatience, cette seconde a plus que jamais son importance. Le temps d’ouvrir Instagram, de parcourir une page de recherche Google en diagonale, de poser son empreinte digitale pour ouvrir son Iphone ou de zapper d’un contenu à un autre.  Mais à force d’accélérer et d’être bombardé d’informations, l’être humain a également besoin de ralentir. Le cerveau sature et la reconnaissance des « burn out » en est la manifestation la plus extrême.

On observe également la montée du « slow » qui traduit ce besoin de revaloriser les temps longs et nécessaires. Rapide « Eloge de la lenteur » à travers un glossaire des tendances « slow ».

Tout commença par le « Slow Food » en Italie en 1986. Un groupe d’amis et de chercheurs décident de réagir à la tendance du « Fast Food » en créant une association appelée « Slow Food ». Le temps est nécessaire pour produire une nourriture de qualité et de saison, respectueuse des hommes et de la nature. Un escargot stylisé est utilisé comme logo. Le mouvement atteint son apogée avec le succès mondial d’Eataly, super-épicerie qui revendique son appartenance à ce mouvement éthique, ainsi qu’avec l’Expo Universelle 2015 de Milan qui en a fait un thème central.

Cette tendance de fond s’apparente à ce qui se passe dans le domaine du voyage avec le « Slow Travel ». Modes de déplacements plus écologiques, découvertes plus en profondeur d’une culture, éloge du temps de trajet, partie intégrante de l’expérience du voyage,… le « Slow Travel » vise surtout à sortir de la logique purement consumériste d’un voyage dans l’instantanéité. L’état d’esprit prôné par Air Bnb, en développant des communautés d’accueil et en favorisant la rencontre, s’approche de cette idée.

Un peu plus tôt dans l’année, en France, la chaîne Equidia TV a créé le buzz en proposant de suivre la naissance d’un poulain en temps réel pendant 24h, mixant diffusion web et télévisuelle. C’est ce que l’on appelle la « Slow TV ». Déjà en 2014, France 4 avait proposé Tokyo Reverse, une émission d’une durée de 9h10. Mais le principe semble s’être initialement développé aux Etats-Unis puis en Norvège qui détiendrait le record, avec une émission de 134 heures soit cinq jours et demi de diffusion. Il s’agissait de suivre une traversée maritime dans des eaux glacées. Déjà en 2009, 7 heures de diffusion à bord de la locomotive de la ligne ferroviaire Oslo-Bergen, avaient fait des émules… 1,2 millions de téléspectateurs étaient passés par là, sur une population totale de 5 millions. Aujourd’hui les vidéos web ou les émissions télé contemplatives, où l’on regarde le temps passer, se multiplient, alors qu’en parallèle les montages video accélèrent dans de nombreux domaines, industrie musicale en tête.

Fin de cette liste non exhaustive : la « Slow Cosmétique ». La terminologie s’apparente bien souvent dans ce cas et malheureusement à du greenwashing. Des associations tentent de développer un label officiel sans réelle légitimité, des marques revendiquent leur appartenance à ce pseudo mouvement pour des raisons commerciales : il convient de faire attention à la réalité qui sous-tend la production de crèmes et autres onguents auto-proclamés « slow ». La cosmétique dite bio ou naturelle, avec ses ingrédients certifiés, est certainement la meilleure indication de produits éthiques en adéquation avec la philosophie « slow ». Mais on s’éloigne ici de l’idée première de lenteur, qui concernerait plutôt la lenteur du rituel d’application, pour retenir davantage le respect et l’écologie.

Vous découvrirez au fil des mois, j’en suis certaine, d’autres applications de la tendance « slow », exprimant un véritable besoin de lenteur. Finalement l’application Périscope qui monte, qui monte, avec son broadcast en live où que l’on soit, pour qui que l’on soit, est la quintessence du « slow social network » (et oui pourquoi pas aussi un réseau social de la lenteur ?)

La seconde intercalaire nous aidera-t-elle à reprendre notre souffle et à ralentir ? Un peu trop courte, elle est surtout l’occasion pour les gens et les marques d’essayer de prendre du recul sur les rythmes qui leur sont imposés ou qu’ils se sentent obligés de créer. Alors dites-moi ce que vous prévoyez de faire pendant cette seconde qui nous est offerte.