La FoodTech plus appétissante qu’il n’y paraît

Entre hard innovation et soft innovation, où en est le secteur de l’alimentation ? Quels en sont les dernières avancées et les enjeux ? Secteur très dynamique dans le monde des startups, les grands groupes producteurs ou distributeurs sont aussi sur le qui-vive. Chacun à sa façon. Un point sur ce qu’on appelle la FoodTech mais qui n’est pas toujours si technique que ça.

La semaine dernière, j’assistais à une table ronde sur le #FoodTech organisée par Silex ID, magazine d’idées et d’innovation. Plus poétiquement, il s’agissait d’un voyage expérimental sur l’innovation alimentaire. Cela avait lieu au Numa, rue du Caire, célèbre espace d’échanges et incubateur de startups.
Claire Verneil, chef pâtissier, Alexandre Mulliez, directeur innovation et marketing chez Auchan Direct, Christophe Lopez, consultant chez Weave et Romain Passelande, fondateur des Petites Tables, nous ont nourris de leurs points de vue et de leurs expériences. Des startups du FoodTech, secteur en très forte croissance selon le Numa, étaient également présentes pour nous faire déguster des insectes, des mousses ou des plats élaborés par Intelligence Artificielle.

Le service est le grand sujet d’innovation des marques et des distributeurs, plus que le produit lui-même. Comment apporter un service de plus en plus ciblé et adapté à chaque consommateur ? Comment simplifier la vie du consommateur ?
L’objectif est d’automatiser au maximum les taches du quotidien et d’apporter des réponses simples et ciblées à chaque client, avec un distributeur plus pertinent donc plus performant.

La grande évolution est l’utilisation de toutes les données de consommation et de nutrition générées par notre alimentation : la Big Data, qui n’était pas exploitable il y a quelques années encore, permet de mieux connaître ses consommateurs (le contesté Big Brother !), et de capter les signaux faibles du marché. Le fabricant ou le distributeur adaptent ainsi leur offre, globalement. Mais la Big Data apporte aussi plus de services ciblés aux consommateurs.

L’utilisation de la Data n’en est qu’à ses débuts, la récolter est facile mais l’exploiter efficacement est encore difficile dans des entreprises aux schémas manageriaux qui n’ont pas encore basculé. L’essentiel de la révolution est à venir et c’est un enjeu déterminant pour les entreprises qui veulent être les plus compétitives.

Quelques exemples #FoodTech : la commande automatique grâce à une poubelle connectée ; des repas adaptés aux besoins et aux envies de chacun ; des informations plus précises sur le produit grâce à l’accès aux datas du producteur ; des services de livraison souples et performants.

Ces nouveaux services permettraient de limiter également le gaspillage des ménages.

Le secteur alimentaire et les services qui gravitent autour s’orientent vers plus de personnalisation et de sur-mesure, alors que la science-fiction imaginait en son temps une standardisation de l’offre. L’humain reste central dans les préoccupations aussi bien des consommateurs que des distributeurs. Chacun de nous a envie qu’on le comprenne et qu’on lui parle spécifiquement, et non de se sentir fondu dans la masse.

La Data a aussi un rôle très important à jouer dans la transparence et la réassurance à apporter au consommateur. Un producteur d’oeufs est en train de travailler sur une fonction qui permettrait via une application de connaître la provenance exact de chaque oeuf individuellement. On pourra également être informé de l’alimentation d’un animal de l’Aubrac.

La santé par l’alimentation est l’un des terrains les plus étudiés par les startups. Encore peu exploité par les grands groupes, cet enjeu nécessite des investissements à long terme et une innovation pointue, il est donc l’apanage de structures plus agiles et moins rentables. Il s’agit d’ailleurs d’une tendance globale : les grands groupes producteurs ou distributeurs vont plutôt tenter d’identifier puis d’intégrer les grandes tendances de consommation ; les véritables innovations de rupture sont plutôt le fruit de petites structures, financées par les grands groupes et qui peuvent se permettre des investissements non rentables sur le long terme.

Enfin, en termes de produits, le prochain grand combat est celui des protéines végétales corrélé à la disparition de certaines matières premières. La viande est trop polluante, tout comme le poisson d’élevage, alors que les ressources sauvages tendent à s’amenuiser.

Bien entendu, des boissons ultra-énergétiques sont étudiées, des super-aliments sont en cours d’élaboration mais le plaisir reste un impératif. A côté de moi, une jeune femme avait listé dans son carnet des essais de recettes très artisanales – 100g de lait de coco, 50g de farine de riz,… – pour lancer son propre business. Et j’ai pu voir de nombreux projets en ce sens dans d’autres incubateurs. Les générations X et Y sont en demande et en besoin de reconnexion à la nature, au vrai, au simple. La FoodTech n’est donc pas seulement un secteur ultra-technologique mais tout simplement des services et des produits pour repenser notre alimentation.

Ce voyage dans l’innovation alimentaire avait bien évidemment commencé par la prospective très futuriste des années 80 où l’on imaginait justement une cuisine entièrement robotisée, uniforme, technique. Comme nous l’observons, ces schémas ne sont pas le coeur de la tendance actuelle.

Et surtout la diversité des réponses et des usages, selon nos experts, serait une voie plus réaliste : de l’ultra healthy au food trash, de la Techno Food à l’economie collaborative, l’être humain ne s’est jamais conformé à un seul modèle et a besoin d’émotion.